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Le 24 octobre 2007 la sonde chinoise Chang’e 1 avait été lancée depuis la base de satellite Xichang, située dans le sud du Sichuan. Alors qu’en juin dernier la Chine réussie une mission spatiale habitée qui s’amarra à un embryon spatiale, elle ne compte toutefois pas s’arrêter là. D’ici 2017 la Chine est d’ailleurs désireuse de ramener des échantillons de roche lunaire et elle espère envoyer des astronautes chinois sur la lune avant l’année 2025. Mais en attendant c’est la mission spatiale Chang’e 3 qui fait la une.

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La navette qui a été lancée depuis la base de satellite Jiuquan dans le Nord-Ouest du Gansu a fait un alunissage en douceur ce samedi 14 décembre à 21h11, heure locale. Chang’e 3 a atterri sur un territoire nommé ‘la Baie des arcs-en-ciel’. Cette baie se situe au nord des quartiers explorés auparavant par les nombreuses missions spatiales baptisées ‘Apollo’, des navettes envoyées par les Etats-Unis et prenant fin en décembre 1972. Quant aux missions spatiales de l’URSS elles s’arrêtèrent en août 1976 avec le lancement de la dernière navette spatiale, Luna 26. Dans les médias chinois ‘la Baie des arcs-en-ciel’ est communément appelée le ‘nouveau monde’.
Cet exploit fait de la Chine le troisième pays réussissant un atterrissage en douceur sur la lune.

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Chang’e 3 est le nom attribué à la sonde spatiale chinoise qui pèse près de 3,8 tonnes. Elle est composée d’un module d’atterrissage et d’un robot d’exploration, un petit véhicule sur six roues qui fait penser aux rover ‘Curiosity’, ‘Opportunity’ et ‘Spirit’ envoyés sur Mars par la Nasa en août 2012. Le nom ‘Chang’e’ et celui du rover ‘Lapin de Jade’ ne sont pas anodins, car dans la mémoire collective des Chinois, Chang’e n’est nulle autre que la Déesse de la Lune. Aujourd’hui encore elle est célébrée chaque année pendant le festival de la mi-automne. C’est durant ces quelques jours de fêtes que la famille se réunira et mangera des petits gâteaux ronds fourrés aux fruits confits tout en observant la lune. Cette nuit là la lune est d’ailleurs plus ronde que n’importe qu’elle autre de l’année. La Déesse de la Lune y vit en exil après avoir avalée d’une traite la potion qui donne vie éternelle mais était à la base destinée à son mari, le légendaire archer Houyi. C’est Houyi qui fit tomber un à un les neuf soleils perchés dans le ciel. Il n’en épargna qu’un seul et sauva ainsi l’humanité de la sécheresse. Heureusement la belle Chang’e  ne vit pas seule sur la lune, un lapin écoutant au joli nom de ‘Lapin de Jade’ égaie ses journées.

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Le premier décembre 2013 Chang’e 3 a été lancée par une fusée longue marche 3B. Elle a atteint l’orbite lunaire le six décembre et c’est là que le très délicat processus d’atterrissage a commencé. Comme l’explique Bernard Foing, directeur du groupe international d’exploration lunaire (ILEWG) la manœuvre d’alunissage a consisté « à désorbiter la sonde pour lui faire perdre de l’altitude tout en la faisant passer d’une position horizontale à un statut vertical ». Des petites rétrofusées ont ensuite permis de la ralentir progressivement tout en la stabilisant. Toujours d’après le directeur de l’ILEWG l’objectif était d’atteindre une vitesse nulle à 100m du sol et à couper les moteurs à 4m du sol. Le module d’atterrissage est pourvu de quatre pattes afin d’amortir le choc. La descente de Chang’e a duré douze minutes, douze minutes durant lesquelles le moindre pépin aurait pu être fatal et donner lieu à une explosion. Comme le dit le Président de la base de satellite à Jiuchuan, Mr. Chen Weiren « Durant les quelques centaines de seconde la navette doit parcourir environ 15km et atterrir sur le terrain choisi à l’avance ; un terrain sélectionné pour son absence de cratères, butes et autres dangers. L’alunissage en douceur est un moment crucial durant lequel la sonde est mise à rude épreuve. » Que le décollage et l’alunissage se soient passés sans la moindre égratignure prouvent bel et bien que les chinois ont acquis un solide savoir-faire spatiale.

Après que les ingénieurs spatiaux se soient une dernière fois assurés de l’état de l’équipement, fait un dernier check du degré des radiations solaires et les paramètres d’environnement, le même jour à 23h45, Chang’e 3 a fait sortir la bête, le ‘Lapin de Jade’. Celui-ci dispose d’un radar permettant des sondages à plus de 1OOm de profondeur. Le lapin est également équipé de caméras de haute résolution qui prendront surtout des photos de paysage. Le robot d’exploration est également doté de deux instruments scientifiques placés sur des bras robotisés : l’un est un spectromètre à rayons X qui déterminera la composition élémentaire des roches, tandis que l’autre est un spectromètre infrarouge qui permettra d’identifier les minéraux en surface.  Le 15 décembre à 03h10 le rover s’éloigna de sa ‘mère porteuse’ en laissant derrière lui de profondes traces qui font penser à l’empreinte du célèbre astronaute Neil Armstrong et sa phrase inoubliable ‘’That’s one small step for [a] man, but a giant leap for mankind’’.

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L’atterrisseur pèse plus d’une tonne est s’adonnera lui aussi aux jeux de la science. Il dispose d’un télescope afin d’étudier les galaxies et les étoiles dans les UV moyens ainsi que d’une caméra à rayons UV extrêmes permettant de simultanément regarder les aurores magnétiques au Pole Nord et Sud de la terre. Le module d’atterrissage prendra surtout des photos de la géologie et topographie des lieux alors que le rover prendra surtout des clichés de paysage.

Afin d’avoir largement le temps de faire des expérimentations, l’alunissage est équipé d’une pile nucléaire qui génère de l’électricité et permet aussi de le réchauffer durant les nuits lunaires qui durent 14 jours terrestres et sont caractérisées par des températures dépassant largement celles de la Sibérie. Aux confins de la lune, les nuits de pleine lune il peut faire jusqu’à -183°C, dans son centre il y fait plus chaud, mais pas pour autant mieux vivre car en journée les températures peuvent atteindre 127°C ! Le véhicule d’exploration dispose de panneaux solaires capables de le revitaliser et non pas de carottes juteuses. Pendant les nuits lunaires un petit chauffage atomique tiendra les instruments scientifiques au chaud pendant que le ‘Lapin de Jade’ dormira. S’il arrive à se réveiller après ce premier long sommeil, il sera bien parti pour mener à bien sa mission, une mission qui devrait durer trois mois.

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L’analyse de Jean-Yves Le Gall, président du Centre national d’études spatiales en France (Cnes) interprète cet exploit d’une manière bien plus vaste. Pour lui la Mission Chang’e « reste d’un intérêt scientifique modeste, mais a une portée symbolique pour la Chine. La Chine réalise des missions ambitieuses et visibles qui mettent en avant ses capacités techniques. Ces missions ont un but clairement politique qui lui permettent de s’affirmer sur la scène internationale tout en faisant des investissements dans les technologies de pointe qui profite à l’ensemble de ses industries ».

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